Oui je suis de nouveau en vie, une fois de plus, parce que j'ai connu bien des morts de mon vivant, morts de mes âmes, morts de mes convictions, morts de mes sentiments, et je sais que ce n'est pas fini. Heureusement mes idéaux et mes rêves survivent toujours. J'ai bien essayé d'écrire la vérité sur la réalité, en des mots simples, mais une force interne et inexpliqué me mène toujours vers des proses inspirant l'espoir et la naïveté (peut-être), plutôt que le désespoir et la fausse réalité, car pour moi, même la souffrance se révèle être une joie ou bien un amusement si tu préfères, je ne sais comment l'exprimer au final. C'est que ma vision de la vie pourrait paraître impossible, étant donné l'état de névrose dans lequel se trouvent toutes les sociétés humaines, aucune ne fait réellement face à la vérité qui est bien souvent plus simple et bien sur plus cruelle qu'il n'y paraît, mais je les comprends qui peut procréer et assumer le destin funeste de l'avenir. Alors elles mystifient, elles parabolisent et prétendent détenir la vérité, peut-être l'ont-elles, mais elles ne la dévoilent pas. Je ne suis pas prédestiné à leur ouvrir les yeux, en fait, les rares qui ont essayé et dont on a entendu parlé, ont tous péris dans leur incompréhension. Je crois que ce serait vain car comme tu le dis toi-même, les mots restent virtuels et ne reflètent que partiellement la vérité. C'est pourquoi je soigne ma souffrance en créant des œuvres d'art, le seul moyen qui semble être admis pour approcher la vérité sans attiré le courroux des homo-homo-exploitus, l'espèce dominante. L'homo-sapiens-sapiens existe bien, mais nous nous devons de rester discrets en attendant que l'humain soit prêt à nous écouter, à nous entendre et peut-être nous comprendre, et en fin, relativiser et vivre heureux. Tu vois, c'est plus fort que moi, là j'applique l'écriture libre, et les mots qui viennent sont ceux-ci, de l'espoir, rien d'autre, sans doute est-ce ma carapace de protection contre le nihilisme qui me semble être la forme ultime du non-sens de la vie, je veux croire que la vie a un sens, un sens qui m'échappe encore, mais qui existe.
Monsieur le Mort t'embrasse bien chaleureusement, ONüRB 2oo5
Nota : J'ai bien lu « Maldoror » de Lautréamont, en entier, tu as raison quant à la difficile tâche de continuer à lire quand le non-sens semble évident et incréditable, mais au final, je suis heureux de l'avoir lu, et avec le temps, j'en savoure même l'esprit. Pas facile à lire, et cependant j'y ai finalement vu le bon-sens, et j'essaie de l'exprimer dans le dessin qui accompagne cette missive. Intitulée : « Elseneur & Reginald contre Maldoror ! » Je sais, c'est naïf, mais quel rassurant bonheur !
